Sous abri, le sol ne vous protège plus. C'est vous qui décidez de tout.
En plein champ, la réserve du sol absorbe vos erreurs et la pluie rattrape vos oublis. En substrat, il n'y a ni réserve ni pluie : quelques litres de support inerte, et un réseau qui doit fonctionner tous les jours, plusieurs fois par jour.
L'essentiel, en trente secondes
Des ordres de grandeur pour situer un projet — jamais un dimensionnement. La colonne de droite est la plus importante : c'est elle qui dit ce qui, chez vous, fera bouger le chiffre.
| Ce qu'on regarde | Ordre de grandeur | Ce qui le fait varier chez vous |
|---|---|---|
| Coefficient cultural, pleine végétation | ≈ 1,15 tomate · ≈ 1,00 concombre · ≈ 1,05 poivron · ≈ 0,85 fraise | L'espèce. Sous abri, ces valeurs se corrigent par le climat que vous pilotez. |
| Réserve disponible en substrat | Quelques litres par plant | Le volume du pot ou du pain. C'est l'ordre de grandeur qui change tout par rapport au sol. |
| Fréquence d'apport | Plusieurs fois par jour | Le volume de substrat et la demande climatique du moment. Plus le volume est petit, plus la fréquence monte. |
| Drainage | Un excédent volontaire et mesuré | La conductivité visée et la qualité de l'eau. Ce n'est pas une perte, c'est un réglage. |
| Conductivité et pH | Surveillés en entrée et en sortie | L'eau de départ, les engrais et l'espèce. L'écart entre entrée et sortie dit ce que la plante a réellement prélevé. |
| Enjeu principal | La continuité | Une interruption ne se rattrape pas : il n'y a pas de réserve pour tenir jusqu'à la réparation. |
| En hydroponie stricte | Plus aucune réserve | Racines dans la solution : la marge se compte en minutes, et l'oxygène devient le facteur limitant avant l'eau. |
Coefficients culturaux et hauteurs de végétation : FAO-56 table 12[1]. Profondeurs racinaires et fractions de tarissement : FAO-56 table 22[2]. Besoins saisonniers : FAO Crop water needs table 5[3]. Le détail des références figure en bas de page.
Ce que votre sol change, texture par texture
Le tableau précédent décrit la plante. Celui-ci décrit votre parcelle — et c'est leur croisement qui donne une réponse. Trouvez votre texture, lisez la réserve dont vous disposez réellement.
Ce qu'il faut avoir en tête
Le drainage n'est pas une fuite, c'est une consigne
En hors-sol, on apporte délibérément plus que la plante ne consomme. Cet excédent traverse le substrat et emporte les sels qui, sans lui, s'accumuleraient jusqu'à bloquer l'absorption. Mesurer ce drainat — son volume, sa conductivité, son pH — est le seul moyen de savoir si le réglage est juste. C'est le tableau de bord de la culture, bien plus que l'aspect du feuillage.
Ce que le drainat dit de votre culture
Entre ce que vous injectez et ce qui ressort, l'écart mesure le prélèvement réel de la plante. Une conductivité de sortie qui grimpe signale une plante qui boit plus qu'elle ne mange, ou une accumulation qui commence. Un pH qui dérive annonce un blocage d'élément avant qu'il ne se voie. Ces deux mesures, faites régulièrement, valent plus que n'importe quel diagnostic visuel.
Recycler le drainat : l'eau, mais surtout l'engrais
Le volume drainé est loin d'être négligeable, et il est chargé en éléments fertilisants payés au prix fort. Le récupérer, le désinfecter et le réinjecter est techniquement mûr et se raisonne d'abord sur l'économie d'engrais — l'eau vient ensuite. Le point d'attention est sanitaire : recycler sans traiter, c'est diffuser à toute la serre ce qui n'était qu'un foyer.
Hors-sol ou hydroponie : ce ne sont pas deux mots pour la même chose
La confusion est constante et elle a des conséquences pratiques. La culture sur substrat — laine de roche, fibre de coco, perlite — conserve une petite réserve : quelques litres par plant, quelques heures d'autonomie. L'hydroponie stricte — film nutritif, radeaux flottants, aéroponie — n'en a aucune : les racines baignent dans la solution ou sont suspendues dans l'air. Entre les deux, la marge en cas de panne passe de quelques heures à quelques minutes. Ce n'est pas une nuance de vocabulaire, c'est une différence de conception du réseau.
En hydroponie, le facteur limitant n'est plus l'eau, c'est l'oxygène
C'est le renversement que découvrent la plupart de ceux qui passent du substrat à la solution. Une racine a besoin d'oxygène dissous autant que d'eau et d'éléments. Une solution stagnante s'appauvrit en oxygène et asphyxie la plante alors qu'elle est entourée d'eau. Le rôle de l'installation change donc de nature : il ne s'agit plus d'apporter de l'eau, mais de renouveler et d'oxygéner une solution en permanence. Le matériel suit — pompes, bacs, dosage multivoies, sondes de conductivité et de pH en boucle continue, et surtout une redondance, parce qu'un arrêt de pompe n'est plus rattrapable.
Tout recircule, donc tout se propage
En hydroponie, la solution revient et repart. C'est l'intérêt économique du système — rien ne se perd — et c'est son point faible sanitaire : un pathogène introduit quelque part atteint toutes les plantes en un cycle de circulation. La désinfection du retour n'est pas une option de confort, c'est une pièce du système au même titre que la pompe. Ultraviolets, traitement thermique ou filtration lente sur sable : le choix dépend du débit et de la culture, mais l'absence de choix n'existe pas.
Où les tables de référence s'arrêtent
Les coefficients culturaux de la FAO décrivent toujours la demande de la plante : une tomate transpire ce qu'elle transpire, sous serre comme au champ. En revanche, les deux autres colonnes des tables — la profondeur racinaire et la fraction de réserve mobilisable — n'ont plus de sens dès qu'il n'y a plus de sol. Il n'y a plus de réserve à fractionner. C'est pour cette raison que la page ne présente pas de tableau de texture de sol : ce serait répondre à une question qui ne se pose plus.
La panne n'est pas un incident, c'est une perte
Avec quelques litres de substrat par plant et plusieurs apports quotidiens, une demi-journée d'arrêt en pleine chaleur suffit à marquer la culture. C'est le seul cas où nous recommandons systématiquement une remontée d'alarme : savoir dans l'heure qu'un secteur n'a pas démarré, plutôt que de le constater le lendemain.
Quatre questions qui ne dépendent pas de ce que vous cultivez
Elles sont traitées une fois, en détail, plutôt que répétées sur chaque page. Les principes y sont les mêmes ; seuls les réglages changent.
Ces ordres de grandeur suffisent à poser les bonnes questions. Pas à dimensionner un réseau.
Envoyez-nous votre plan de parcelle et votre analyse d'eau : nous revenons avec un dimensionnement. Et si vous voulez seulement vérifier une référence avant de commander, appelez — c'est gratuit et sans engagement.
D'où viennent les chiffres
Chaque valeur de cette page provient de l'une de ces sources. Aucune n'a été estimée, arrondie ni déduite. Là où la source est muette, la page le dit plutôt que de combler.
- FAO, Irrigation and Drainage Paper 56 — Crop evapotranspiration, table 12. Kc pleine végétation : tomate 1,15 · concombre 1,00 · poivron 1,05 · fraise 0,85. — fao.org/4/x0490e/x0490e0b.htm
- FAO, Paper 56, table 22. Profondeur racinaire et fraction de tarissement : sans objet en hors-sol, où il n'y a plus de réserve du sol à fractionner. Correction selon la demande : p = ptable + 0,04 (5 − ETc), bornée entre 0,1 et 0,8. — fao.org/4/x0490e/x0490e0e.htm
- FAO, Crop water needs, table 5. Ne comporte pas de ligne vigne ; donne pomme de terre 500 à 700 mm, tomate 400 à 800 mm, maïs 500 à 800 mm, canne à sucre 1500 à 2500 mm — matière pour les autres pages de la bibliothèque. — fao.org/4/s2022e/s2022e02.htm