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Bibliothèque des cultures — Pomme de terre

En pomme de terre, l'irrigation ne fait pas le rendement. Elle fait le grade.

C'est la nuance qui décide de votre marge : un rationnement modeste coûte peu de tonnes et beaucoup d'argent, parce que ce qui se perd n'est pas le poids, c'est le calibre, la forme et la peau — donc la catégorie à laquelle vous vendez.

Plein champ
Aspersion, pivot ou goutte-à-goutte
Le grade fait le prix
Belgique · Lituanie · Malawi
Pour aller vite

L'essentiel, en trente secondes

Des ordres de grandeur pour situer un projet — jamais un dimensionnement. La colonne de droite est la plus importante : c'est elle qui dit ce qui, chez vous, fera bouger le chiffre.

Ce qu'on regardeOrdre de grandeurCe qui le fait varier chez vous
Besoin sur la campagne500 à 700 mmLe climat et la longueur du cycle. Besoin total, pluie comprise — l'irrigation ne couvre que l'écart.
Consommation mesurée sur trois ans593 mm en moyenneEssai de l'Oregon. Un ordre de grandeur réel, pas un barème.
Coefficient cultural, pleine végétation≈ 1,15Le stade. Environ 0,50 à la levée, 1,15 en pleine végétation, 0,75 en fin de cycle.
Profondeur racinaire utile40 à 60 cmLe sol et le travail du lit de plantation. C'est peu — la pomme de terre puise dans une réserve courte.
Réserve mobilisable avant stress≈ 35 %La demande du jour. Une des fractions les plus basses du catalogue : elle tolère mal le dessèchement.
Seuil de confort mesuréSol plus humide que −60 kPa dans les 30 premiers cmEssai sur limon fin, Oregon. C'est une mesure, pas un ressenti.
Enjeu principalLa régularitéLes à-coups font les crevasses, les formes en bouteille, les tubercules courbés et les excroissances.

Coefficients culturaux et hauteurs de végétation : FAO-56 table 12[1]. Profondeurs racinaires et fractions de tarissement : FAO-56 table 22[2]. Besoins saisonniers : FAO Crop water needs table 5[3]. Le détail des références figure en bas de page.

Et chez vous

Ce que votre sol change, texture par texture

Le tableau précédent décrit la plante. Celui-ci décrit votre parcelle — et c'est leur croisement qui donne une réponse. Trouvez votre texture, lisez la réserve dont vous disposez réellement.

Texture de votre solRéserve totaleUtilisable avant contrainteVitesse d'infiltration
Sable50 à 110 mm/m18 à 38 mm/mplus de 50 mm/h
Sable limoneux60 à 120 mm/m21 à 42 mm/mplus de 50 mm/h
Limon sableux110 à 150 mm/m38 à 52 mm/m15 à 50 mm/h
Limon130 à 180 mm/m46 à 63 mm/m15 à 50 mm/h
Limon fin130 à 190 mm/m46 à 66 mm/m15 à 50 mm/h
Silt160 à 200 mm/m56 à 70 mm/m15 à 50 mm/h
Limon argileux fin130 à 180 mm/m46 à 63 mm/mmoins de 15 mm/h
Argile limoneuse130 à 190 mm/m46 à 66 mm/mmoins de 15 mm/h
Argile120 à 200 mm/m42 à 70 mm/mmoins de 15 mm/h

Réserve totale : FAO-56 table 19, écart entre capacité au champ et point de flétrissement par classe de texture[4]. Colonne utilisable : cette réserve multipliée par la fraction mobilisable de la culture — ici 0,35[2]. Vitesses d'infiltration : FAO, Irrigation Water Management[5]. Valeurs par mètre de sol réellement exploré par les racines : multipliez par votre profondeur utile.

Ce que ce tableau apprend et qu'on récite à l'envers. L'argile ne rend pas plus d'eau que le silt. Elle en retient davantage, mais elle la garde trop fort pour que la plante la prenne. L'échelle « sable, limon, argile » est vraie en bas et fausse en haut.
Ce que cette culture impose

Ce qu'il faut avoir en tête

Le chiffre à regarder avant de rationner

Un essai de l'Oregon a conduit trois niveaux de restriction sur une culture de pomme de terre. Les économies d'eau ont été de 25, 36 et 40 pour cent. Les pertes de rendement, modestes : 6,7, 10 et 14 pour cent. On pourrait s'arrêter là et conclure que le déficit est rentable. Sauf que la marge de l'exploitant, elle, a reculé de 32, 41 et 68 pour cent. La perte n'était pas dans les tonnes — elle était dans le grade. C'est l'inverse exact de la vigne, où un déficit bien placé améliore le produit. Sur la pomme de terre, il le déclasse.

Une réserve courte, donc peu de marge

Quarante à soixante centimètres d'enracinement utile, et une fraction mobilisable parmi les plus basses : la pomme de terre vit sur une réserve mince. Elle passe du confort à la contrainte en quelques jours de chaleur, bien plus vite qu'un maïs ou une vigne qui descendent à un mètre et au-delà. C'est ce qui rend le pilotage si sensible — et pourquoi un tour d'eau calé sur le calendrier plutôt que sur le sol se trompe si souvent.

Avant la tubérisation, on peut serrer. Après, non.

La littérature est nette sur ce point : la culture supporte une restriction limitée avant la formation des tubercules sans dégrader la qualité. En revanche, une fois les tubercules initiés, même une brève période de contrainte pendant le début du grossissement suffit à faire perdre du grade. Si votre ressource est comptée, c'est donc en début de cycle qu'on économise, jamais pendant le grossissement.

Cinq jours de sec, et la gale s'installe

C'est l'argument le plus concret de cette page. La gale commune s'installe pendant le début du grossissement, autour et juste après la floraison, et elle est directement pilotée par l'humidité du sol. Les mesures publiées sont sans ambiguïté : une sécheresse de cinq jours à ce moment a fait passer la surface galeuse de zéro à plus de 20 pour cent ; une sécheresse de dix jours, à plus de 40 pour cent. À l'inverse, maintenir le sol autour de 90 % de la capacité au champ pendant au moins six semaines ramène la proportion de tubercules galeux sous le seuil commercial. Six semaines d'irrigation régulière contre cinq jours d'oubli : le rapport est brutal.

Le défaut qui coûte le plus cher : l'à-coup

Un sol qui se dessèche puis reçoit beaucoup d'un coup provoque une reprise brutale de croissance. Les défauts observés sont documentés et se ressemblent partout : crevasses de croissance, formes en bouteille, tubercules anormalement courbés, excroissances multiples. Ce n'est pas un problème de volume total — c'est un problème de répartition, et c'est exactement ce qu'un pilotage automatisé corrige.

Aspersion ou goutte-à-goutte : le feuillage décide

Les deux apportent l'eau. Ils ne font pas la même chose au couvert. L'aspersion mouille le feuillage à chaque passage et entretient une humidité favorable aux maladies foliaires, sur une culture qui y est particulièrement exposée. Le goutte-à-goutte dépose l'eau dans la butte, laisse le feuillage sec, et permet en plus d'arrêter proprement secteur par secteur en fin de cycle. Sur les surfaces et les ressources qui le permettent, c'est un vrai argument — pas seulement une économie d'eau.

Le piège du tour d'eau fixe. Une dose identique tous les sept jours, du printemps à l'arrachage, sur-arrose en début de cycle et sous-arrose en pleine chaleur. Elle fait les deux erreurs la même année. Avec une réserve aussi courte et un grade aussi sensible, c'est ce réglage qui fabrique le tri.
Et maintenant

Ces ordres de grandeur suffisent à poser les bonnes questions. Pas à dimensionner un réseau.

Envoyez-nous votre plan de parcelle et votre analyse d'eau : nous revenons avec un dimensionnement. Et si vous voulez seulement vérifier une référence avant de commander, appelez — c'est gratuit et sans engagement.

Références

D'où viennent les chiffres

Chaque valeur de cette page provient de l'une de ces sources. Aucune n'a été estimée, arrondie ni déduite. Là où la source est muette, la page le dit plutôt que de combler.

  1. FAO, Irrigation and Drainage Paper 56 — Crop evapotranspiration, table 12. Pomme de terre : Kc 0,50 à la levée · 1,15 en pleine végétation · 0,75 en fin de cycle. — fao.org/4/x0490e/x0490e0b.htm
  2. FAO, Paper 56, table 22. Profondeur racinaire de la pomme de terre 40 à 60 cm ; fraction de tarissement 0,35. Correction selon la demande : p = ptable + 0,04 (5 − ETc), bornée entre 0,1 et 0,8. — fao.org/4/x0490e/x0490e0e.htm
  3. FAO, Crop water needs, table 5. Ne comporte pas de ligne vigne ; donne pomme de terre 500 à 700 mm, tomate 400 à 800 mm, maïs 500 à 800 mm, canne à sucre 1500 à 2500 mm — matière pour les autres pages de la bibliothèque. — fao.org/4/s2022e/s2022e02.htm
  4. FAO, Paper 56, table 19, « Typical soil water characteristics for different soil types ». Écart entre capacité au champ et point de flétrissement, par classe de texture — de 0,05–0,11 m³/m³ en sable à 0,12–0,20 en argile. C'est cet écart, multiplié par mille et par la profondeur racinaire, qui donne la réserve en millimètres. — fao.org/4/X0490E/x0490e0c.htm
  5. FAO, Irrigation Water Management — Soil and Water. Réserve utile simplifiée : sable 25 à 100 mm/m, limon 100 à 175, argile 175 à 250. Vitesses d'infiltration : moins de 15 mm/h, 15 à 50, plus de 50 selon le sol. — fao.org/4/r4082e/r4082e03.htm
Base de données neutralisée pour les tests : aucun e-mail envoyé, etc.
Neutralisé